Montreal le 22 decembre 2007
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Un vibrant hommage a été rendu le samedi 22 janvier à 13 heures au militant Redouane Osmane par ses amis et plusieurs personnalités artistitiques, politiques et plusieurs invités. En effet, des poètes, musiciens, chanteurs et responsables du mouvement associatif ont pris part à l'hommage à ce militant des causes justes.



Redouane Osmane : « Pour la lutte car seule la lutte paie »

Redouane Osmane est né le 22 octobre 1951, dans ce quartier de Notre-Dame-d’Afrique qui domine la baie d’Alger, dans une famille modeste de sept enfants tous politisés et influencés par l’implication de leurs parents dans la lutte pour l’indépendance algérienne : le père est ouvrier à l’usine de tabac Bastos et combattant, fidaï, de la zone urbaine autonome d’Alger durant la guerre ; la mère est couturière à domicile et devient relais entre le FLN et les Algériens d’origine européenne acquis à l’indépendance de l’Algérie.

Redouane Osmane grandit dans la Casbah, ce quartier arabe pauvre et orgueilleux et va à l’école puis au Lycée Bugeaud dans ce Bab-el-Oued alors habités majoritairement par des Européens prolétarisés de la France coloniale. Ce lycée Bugeaud devenu Lycée Émir Abdelkader dans lequel il enseignera jusqu’au jour de sa mort et dont il aimait à rappeler qu’il fut celui d’Albert Camus, évoquée longuement par l’écrivain dans son ouvrage posthume Le dernier Homme.

Le jeune Redouane Osmane découvre l’univers du syndicalisme très tôt, lorsqu’il est contraint, à 17 ans, d’interrompre sa classe de terminale pour travailler à l’Office algérien des fruits et légumes (OFLA), après l’arrestation de son père par le nouveau régime de Boumediene pour activité politique illégale.

Il reprend le chemin du lycée après la libération de son père sans pour autant quitter le milieu syndical et politique. Le temps de passer son baccalauréat en philosophie et d’entamer des études en littérature de langue française, il est une autre fois obligé d’interrompre ses études pour rechercher du travail à la suite d’une deuxième arrestation de son père : « Mon père expliquera-t-il à la journaliste Daïkha Dridi[1] en 2005, est passé par toutes les couleurs du spectre politique, l’important pour lui était de trouver le moyen efficace de s’opposer à la dictature. […] ».





Redouane se met à enseigner au collège, et s’impliquera activement dans les activités des organisations trotskistes clandestines. En 1979, il intègre le Groupe communiste révolutionnaire (GCR), organisation trotskiste clandestine qui se scindera en GCR, en Organisation révolutionnaire des travailleurs (ORT) et en Organisation socialiste des travailleurs pour donner lors de l’ouverture de la brèche démocratique de 1989, le Parti socialiste des travailleurs (PST) et le Parti des travailleur (PT). Syndicaliste enseignant, il est en 1980 parmi les animateurs des grèves de professeurs, mouvements alors sous l’égide de la Fédération des travailleurs de l’éducation et de la culture (FTEC) et de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA, centrale syndicale alors la plus puissante du pays, en perte de vitesse dans les années 1990, de plus en plus discréditée pour ses alignements avec les politiques gouvernementales, seule centrale jusqu’aujourd’hui reconnue par les autorités).
Durant la décennie 80, après la mort de l’étudiant Amzal Kamel assassiné par des militants islamistes, événement qui marque la fin d’une forte mobilisation étudiante, et après la répression des grèves ouvrières de Rouiba et Beni Mered, Redouane est l’animateur du dispositif de repli du GCR[2] sur des activités culturelles, sur les ciné clubs et sur les campings d’été. Redouane, symbole de la lutte pour la justice a été de tous les combats qu’il se soit agit de défendre tamazight (comme membre fondateur du Mouvement culturel berbère, MCB, Commission nationale), de lutter pour le respect des droits de l’homme, de se battre pour l’émancipation des femmes, pour les libertés démocratiques et les libertés syndicales. N’hésitant pas à faire un périple dans le Sud algérien pour soutenir les militants de la Ligue algérienne des droits de l’homme (LAADH)) et les militants de gauche de Constantine, détenus et déportés à Ouargla et Bordj Omar Driss.

Quand il reprend ses études universitaires sur le campus de Bouzaréah à Alger, c’est pour être l’une des principales figures de la grande grève générale de 1987 et du Syndicat national des étudiants algériens autonome et démocratique (SNEA-AD). Syndicat qui mènera en 1989-1990 des grèves et manifestations contre l’autonomie de l’université et le désengagement de l’État dicté par le Front monétaire international. À cette période, Redouane investit de nombreux efforts avec ses camarades pour la réussite d’une historique marche du Mouvement culturel berbère (MCB) dans la capitale algérienne pour la reconnaissance nationale et officielle de la langue tamazight. Ce mouvement étudiant sera la principale force de frappe de la lutte contre la répression et la torture lors des émeutes d’octobre 1988, une lutte qui contribuera à élargir la brèche et à permettre l’ouverture démocratique que les autorités algériennes n’ont de cesse depuis de tenter de refermer.

En 1989, Redouane Osmane s’installe à Oran pour y continuer ses études et construire le Parti socialiste des travailleurs dans l’Ouest du pays. Son dynamisme lors des luttes étudiantes et ouvrières dans les résistances démocratiques y laissera des traces profondes. En 1991, il contribue à la création de comités étudiants contre la Guerre du Golf et l’impérialisme et à celle d’un premier comité mixte Travailleurs/Étudiants contre les licenciements des travailleurs. Il s’agira d’ailleurs des premiers travailleurs menacés de congédiements et réintégrés (500 travailleurs de l’ERCO (une entreprise du bâtiment), les premiers travailleurs d’une lame de fond qui mettra tout au long des années 1990 des centaines de milliers de salariés au chômage. En 1991, Redouane Osmane obtient sa licence avec un mémoire de fin de cycle qui porte sur Edward Saïd. De 1991 à 1993 il est enseigne dans un lycée à Arzew et travaille avec les syndicalistes de la zone industrielle.
En 1993, il revient à Alger, et enseigne au lycée Émir Abdelkader, ex-Lycée Bugeaud. Il s’engage dans le combat altermondialiste contre l’offensive libérale au sein de l’Association des amis de l’initiative pour une résistance sociale aux mesures du FMI (AIRS, une organisation qui équivaut à ATTAC), en coordination avec le Comité pour l’annulation de la dette du Tiers- monde (CADTM) animé par Éric Toussaint.

Durant ces années de terrorisme, il poursuit activement ses activités syndicales et militantes, enseignant mais aussi pigiste au journal La République, il investi de nombreuses tribunes des journaux algériens par des interventions et des analyses sur le volet social de l’actualité algérienne. Cette conjoncture est celle des noires années des assassinats et des attentats sanglants, c’est aussi celles des plus grandes atteintes aux droits des travailleurs avec des licenciements massifs inusités : l’application du Plan d’ajustement structurel du FMI commandant la liquidation des entreprises étatiques et le désengagement de l’État des services publics.

Redouane Osmane devient un habitué des rédactions des quotidiens algériens dans les locaux desquels il passe régulièrement pour y déposer, un texte, une pétition, un communiqué ou afin de plaider la cause de confrères en lutte. Cette sensibilisation opiniâtre qu’il mène auprès des journalistes lui vaut de devenir pour eux une figure militante familière et singulière très respectée.

Amoureux de la littérature, de la poésie de Jean Sénac en particulier, il trouve l’énergie de compléter son mémoire de Magister consacré à Assia Djebbar.

Dans les années 2000, il encourage les enseignants vacataires à s’organiser pour leurs droits et avec les luttes de son lycée il rebattit la tradition syndicale. Après avoir claqué la porte de l’UGTA, il sera l’un des piliers de la coordination des lycées d’Alger qui fondera le Conseil national autonome des professeurs de l’enseignement secondaire et technique (CNAPEST). Il créera, quelques mois plus tard, sur des valeurs qui lui ressemblent, le Conseil des lycées d’Alger (CLA). Il sera ainsi le principal animateur de la mobilisation enseignante de 2003 à 2006. Ce mouvement qui n’a cessé de revendiquer une revalorisation du statut de l’enseignant ainsi que la revalorisation de la grille des salaires recevra un écho au niveau national et international, notamment en Amérique du Nord. Pour avoir été l’artisan d’une grève des lycées pendant près de 3 mois, son ministère de tutelle tentera de le radier de la fonction publique. Il sera poursuivi par la justice pour grève illégale mais sa tutelle abdiquera face à la mobilisation du corps enseignant ainsi qu’à la solidarité sans précédent que le CLA recevra de la part de syndicats de l’enseignement du monde entier.

En août dernier Redouane Osmane était d’ailleurs de passage aux Etats-Unis à l’invitation d’une organisation sur l’éducation. Dernier périple de ce parcours militant tumultueux, Redouane Osmane sera le principal fondateur de l’Intersyndicale de l’éducation née y a deux mois regroupant le SATEF, le CNAPEST et d’autres syndicats autonomes de l’éducation pour contrecarrer la nouvelle grille des salaires, négociée, à leur insu, par l’UGTA.


Redouane Osmane, le bien surnommé « Redouane Syndicat », meurt debout terrassé par une crise cardiaque en pleine classe au lendemain d’un week-end de réunions épuisantes, après des mois d’activisme syndical mêlant réflexion stratégique, soutiens et conseils au bénéfice de collègues en lutte : aux enseignants de Bouira grévistes de la faim qui se rappelleront de sa présence quotidienne à leurs côtés au moment où beaucoup faisaient la sourde oreille à leurs préoccupations légitimes ; aux « Professeurs de l’enseignement secondaire sans statut » régularisés après tant d’années d’incertitude qui garderont toujours en mémoire la fameuse coordination qu’il a organisée pour défendre leurs droits ; aux enseignants du technique qui ont trouvé en lui une ressource inestimable d’idées et d’arguments pour consolider leur mouvement.
Redouane Osmane meurt debout, après de longues années de travail de sensibilisation à l’identité sociale[3] des opprimés, dans le but de rassembler les travailleurs par ce qu’ils partagent d’abord et avant tout en tant que travailleurs : leur statut de travailleur. Avec une verve toujours pédagogique sachant éviter le piège de la simplification des discours populistes, à l’échelle individuelle, à l’échelle d’une assemblée générale, à l’échelle collective du mouvement social, à l’échelle de diverses organisations syndicales, sociales et politiques, à l’échelle médiatique via la presse écrite et les forums Internet. On peut consulter sur le Web d’ailleurs le forum ouvert par le journal Le Matin au mois d’octobre dernier à ses lecteurs où les internautes discutent avec Redouane de la marchandisation de l’école algérienne et où à une question sur l’islamisme et sa dérive violente contaminant l’école algérienne il précise : « Les résurgences utopiques ont toujours fait rêver les malheureux, il n’y a pas que la religion qui joue le rôle [de répondre à cette] attente. La société de consommation fait rêver les gens debout. La résistance est aussi une utopie active qui refuse l’infernale fatalité de la résignation et transforme notre déception et nos débâcles en résistance. Toutes les résurgences utopiques ne sont pas réactionnaires ».

Redouane Osmane meurt debout terrassé par une crise cardiaque, ce 15 décembre dernier, en pleine classe, après toute une vie d’engagement ininterrompu. Il fait de sa mort un moment fort de l’engagement de son existence, la nouvelle de son décès fait la une des journaux algériens le 16 décembre 2007 en même temps qu’y est publiée sa dernière déclaration, comme toujours offensive, en tant que secrétaire général du Conseil des lycées d’Alger.
La douleur immense qui affecte ceux qui l’ont connu personnellement ou comme figure emblématique du syndicalisme algérien, constate le journaliste El Kadi Ihsane cette semaine, s’étend bien plus loin que la famille de l'éducation, que la famille du syndicalisme, que la famille du journalisme ou que la famille de la gauche, les familles, à l’évidence, naturelles de Redouane Osmane. Cette douleur à un impact autrement plus profond et large. Redouane Osmane était devenu ces dernières années l'ami de tous les salariés d'Algérie.

Un ami ayant mis de façon permanente et performative sa formule préférée au service de son existence et de son obsession : une formule si évidente par sa sincérité et sa simplicité qu’elle en cache toute sa force de conviction et sa puissance d’action, pour tous les opprimés d’Algérie, pour les travailleurs, pour les femmes, pour les jeunes. Une formule qui était son leitmotiv, la signification même de sa raison de vivre, une formule moins d’essence idéologique qu’essentiellement philosophique puisque répondant aux sens des défis à relever pour vivre, vivre dignement et de façon intègre de ce côté-là de la Méditerranée mais aussi partout ailleurs. Sa formule n’importe qui peut se l’accaparer, n’importe qui peut la garder pour s’en servir comme source de l’énergie pour vivre, ressource pour résister. Sa formule n’importe qui peut « l’intellectualiser » pour reprendre encore un terme qu’il affectionnait et la transformer en acte.
Plus qu’une épitaphe sur la tombe de Redouane Osmane, elle demeure ce cri du militant, elle reste ce mot d’ordre et ce mot du cœur qui mobilise par sa seule logique : « Pour la lutte car seule la lutte paie ».

Djemaa Maazouzi, le 21 décembre 2007.

[1] Daïkha Dridi, Alger blessée et lumineuse. Alger en mouvement, photographies de Louiza Sid-Ammi, préface de Ghania Mouffok, Paris, Éditions Autrement, 2005, p. 119. J’ai emprunté à l’auteure de ce beau portrait de Redouane Osmane, plusieurs éléments biographiques se rapportant aux jeunes années du syndicaliste.
[2] Confère le communiqué du PST du 16 décembre 2007.
[3] À ce sujet lire « De Redouane Osmane et de l’identité sociale » de Mohamed Bouhamidi parue le 17 décembre 2007, sur le lien Contenu de la nouvelle page
 
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